Avant-propos

Contexte économique et politique

L’économie mondiale en 2025 a été marquée par une forte volatilité, initialement déstabilisée par l’introduction de droits de douane quasi universels par les États-Unis. Le taux effectif global s’est stabilisé autour de 19 % ; pour la Suisse, ce taux a été ramené à 15 % après avoir initialement atteint 39 %. Malgré une incertitude politique accrue, la croissance de la zone euro est restée résiliente, avec une estimation à 1.4 % (2025) contre 0.9 % en 2024.

La demande d’électricité dans les principaux pays européens a poursuivi une légère progression en 2025 avec une hausse de +0.8 % (1.1 % en 2024). Le paysage énergétique reste cependant marqué par la fragilité des ressources renouvelables. Contrairement à l’abondance de l’année précédente, la situation hydraulique en 2025 subit une sécheresse marquée : les réserves totales sont largement inférieures à 2024 et aux moyennes saisonnières dans tout l’arc alpin. Cette exploitation intensive des barrages a été indispensable pour compenser un hiver sec et un net recul de la production éolienne.

Au premier trimestre 2025, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas ont enregistré une production éolienne de 30 % à 40 % inférieure à celle de l’an dernier, un déficit qui s’est accentué en avril pour atteindre jusqu’à –50 %. L’arrêt de la centrale de Gösgen jusqu’en mars 2026 a accentué la tension au dernier trimestre 2025, entraînant une perte de production de 4.3 TWh sur les troisième et quatrième trimestres, ce qui a contribué à pousser les prix suisses de 3 à 4 €/MWh au-dessus de ceux de ses voisins pour le dernier trimestre.

Ce contexte a contraint l’Europe à solliciter davantage ses réserves de gaz qui, au 04.02.2026, affichaient un taux de remplissage de 38 % contre 50 % l’année précédente. Malgré ce recours massif aux stocks hivernaux et la perspective de l’embargo sur le gaz russe en 2028, les marchés ne manifestent pas d’inquiétude majeure. Cette sérénité repose sur la solidité de l’approvisionnement en GNL qui sécurise les perspectives moyen terme.

En Suisse, une avancée significative a été réalisée en 2024, avec l’adoption de la loi sur l’électricité, qui ancre légalement les 15 (+1) projets hydroélectriques issus de la « Table ronde sur l’énergie hydraulique » destinés à développer la production d’électricité en hiver. Les ordonnances d’application sont entrées en vigueur en 2025, d’autres suivront en 2026. Une autre étape importante pour le développement des énergies renouvelables en Suisse a été franchie le 26.09.2025, avec l’adoption par le Parlement du décret d’accélération des procédures. Celui-ci prévoit une simplification des procédures d’aménagement du territoire pour l’énergie hydraulique, la confirmation de la validité des avenants aux concessions hydroélectriques, le découplage des mesures de compensation écologique de la procédure d’autorisation des projets et une limitation du nombre d’instances de recours ouvertes aux ONG. Le 04.12.2025, le Conseiller fédéral Rösti a invité les acteurs du secteur à discuter de l’état d’avancement des projets de la Table ronde, qui ne progressent pas aussi vite que prévu. Un processus doit désormais déterminer dans quelle mesure la liste des projets doit être adaptée.

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Michaël Plaschy

Le 13.06.2025, le Conseil fédéral a soumis l’accord sur l’électricité à consultation, qui a recueilli un large soutien (75 % des réponses). Une grande majorité demande toutefois des modifications dans sa mise en œuvre au niveau national. Les délibérations parlementaires auront lieu en 2026 et un référendum sera organisé probablement en 2028. L’accord vise à renforcer la sécurité de l’approvisionnement en électricité, à simplifier le commerce d’électricité et à garantir la stabilité du réseau.

Remerciements

Le Conseil d’administration adresse ses vifs remerciements aux collaborateurs d’Alpiq SA et d’Hydro Exploitation SA, lesquels ont œuvré avec efficacité au bon fonctionnement de l’aménagement ainsi qu’à la gestion optimale de la société. Il se dit particulièrement satisfait de la transition réussie entre l’ancien exploitant, CFF, et le nouveau, Hydro Exploitation SA, qui s’est déroulée de manière fluide et efficace, grâce à l’excellente coopération des sociétés concernées et le transfert des équipes.

Le Conseil d’administration tient à exprimer ses remerciements les plus sincères à M. Alain Sauthier, directeur ayant quitté la société fin novembre 2025, pour son engagement exemplaire et le dévouement dont il a fait preuve tout au long du projet de construction de l’aménagement, ainsi que lors de la mise en exploitation de l’installation. Par son implication constante, son énergie et son professionnalisme, il a joué un rôle déterminant dans la réussite de ces étapes clés et la société lui témoigne sa profonde reconnaissance.

Rétrospective d’Alain Sauthier

Une incroyable aventure humaine

"En premier lieu, je tiens à rendre hommage à toutes celles et ceux qui ont contribué à la construction de l’extraordinaire centrale de Nant de Drance. De manière similaire à la création d’un film, il faut un producteur, un réalisateur et des acteurs.

Dans le rôle du producteur, ce sont les actionnaires de la société qui ont cru en ce projet pharaonique et ont pris la décision de le financer. L’impulsion initiale est venue du visionnaire Jörg Aeberhard d’Atel, qui a ressorti le projet des tiroirs et a convaincu les CFF de l’avenir du pompage-turbinage. Puis, les FMV et IWB ont rejoint les deux partenaires initiaux et, entre-temps, Atel est devenue Alpiq.

Dans le rôle du réalisateur, c’est le « papa » du projet, Eric Wuilloud, qui a su réunir et orchestrer les multiples compétences indispensables à la réussite d’une entreprise d’une telle envergure. Ainsi, une formidable équipe a été constituée avec un objectif clairement énoncé par son directeur : le « point rouge » du logo de Nant de Drance. Ce fut pour moi un immense privilège d’épauler Eric durant la construction et de lui succéder pour achever la mise en service et mettre en place l’exploitation.

Enfin, les acteurs furent très nombreux. Il y eut les mineurs travaillant en équipes dans les conditions difficiles des galeries et des cavernes. Il y eut les bâtisseurs qui ont érigé des cathédrales de béton dans les entrailles de la montagne. Il y eut les soudeurs qui ont meulé et assemblé des tonnes d’acier. Il y eut les monteurs qui ont travaillé dans les espaces les plus exigus avec une précision horlogère. Il y eut les contrôleurs de travaux qui ont vérifié avec soin la conformité des installations. Il y eut les metteurs en service qui ont fait gronder les machines avec passion. Au plus fort du chantier, en 2016, plus de 600 travailleurs se sont côtoyés dans cette fourmilière souterraine. Durant toutes ces années, j’ai admiré la solidarité avec laquelle ces travaux titanesques ont été accomplis. Plus le labeur est difficile, plus les ouvriers sont solidaires !

Au 1er juillet 2022, après 14 ans de travaux, l’exploitation commerciale de la centrale a débuté. Depuis bientôt 4 ans, les machines remplissent pleinement leur rôle de régulation du réseau électrique à très haute tension. En effet, en 2025, la centrale a été engagée plus de 80 % du temps, soit 19 heures par jour en moyenne, malgré les travaux de maintenance réalisés. Cet engagement intensif confirme bien la nécessité de tels ouvrages dans le système énergétique suisse et européen en pleine évolution. La décarbonation requiert d’augmenter rapidement les capacités de production d’électricité renouvelable et de stockage d’énergie. En tant que gigantesque batterie fonctionnant avec de l’eau, la centrale de Nant de Drance répond pleinement à ce deuxième objectif.

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Alain Sauthier

Nant de Drance fut le théâtre d’une incroyable aventure humaine. Le souvenir de cette épopée extraordinaire restera gravé dans le cœur de toutes celles et ceux qui l’ont vécue. Cette centrale a été construite pour les générations futures. La concession durera 80 ans. J’ai la certitude que tous nos successeurs prendront grand soin de ce patrimoine et sauront le valoriser."

Arrivée de Jeremy Urech à la direction

Le Conseil d’administration saisit l’occasion de souhaiter la bienvenue et plein succès au nouveau directeur, M. Jeremy Urech, entré en fonction le 1er janvier 2026 pour succéder à Alain Sauthier. Le Conseil d’administration est convaincu que Jeremy Urech saura relever le défi de poursuivre et développer les activités de la société avec engagement, rigueur et vision.

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Jeremy Urech